Construire en pierre massive – Construire autrement
Jean Paul Laurent- CALDER Ingénierie
La pierre matériau mouvant
La pierre matériau à multiples facettes est aujourd'hui difficile à cerner. Entre histoire et folklore, entre culture et nature, c'est un matériau qui fluctue dans la représentation de chacun.
Dans l'inconscient collectif c'est pourtant le matériau de construction par excellence représentant la pérennité et le confort. Mais cette image est en opposition avec une vision plus raisonnée, quantifiée et réglementée véhiculée par l'industrie. Dans la réglementation du confort pensée par et pour l'industrie la pierre ne semblait jusqu'a aujourd'hui ne pas avoir sa place. Tout le monde avait donc renoncé à son utilisation se réfugiant derrière la censure économique.
Du naturel et de l'industriel
En effet le matériau pierre n'est pas un matériau industriel. Il n'est pas conçu par l'industrie et de ce fait ne répond pas à la notion de performance industrielle fragmentée. Mais une nouvelle idéologie est en train de faire basculer notre société industrielle : " Faire au mieux avec ce que l'on a en redéfinissant la performance comme le métissage entre le quantitatif industriel opérant et le qualitatif plus contextuel issu du regard vernaculaire. »
L'industrie propose de répondre dans un temps raccourci à tous les problèmes pour peu qu'ils aient été décontextualisés. Elle préfère privilégier une réponse lourde pour éviter de prendre en compte le particulier, le local, la différence. Cette attitude est toujours consommatrice d’énergie. Même à spectre très large le remède ne touche pas toutes les cibles et oublie de s'adapter aux inévitables mutations.
Dans l'alliance retrouvée du naturel et de l'industriel pour ce qu’ils ont de compatibles et de complémentaires, la pierre massive reprend aujourd'hui une place dans la construction et le confort thermique.
La pierre : un petit peu de tout dans un ensemble cohérent
Employée en structure massive de gros blocs de 50cm d’épaisseur, la pierre est un matériau monolithe qui répond à lui seul à l'ensemble des fonctions d'une paroi. Il épouse ainsi le courant des parois monolithes de la brique monomur, du béton cellulaire. Il s’oppose à la stratification performantielle allouant une couche pour chaque fonction identifiée: isolation, structure, étanchéité, revêtement décoratif...
Dans chaque registre la pierre possède une partie des capacités nécessaires. C’est le projet qui la mettra ensuite en situation optimale. Elle ne représente pas le matériau industriel idéal dans la mesure où ses propriétés ne sont pas les meilleures.
Réinventons nos manières de penser
Nos référentiels semblent donc à réinventer, un mouvement général se dessine aujourd’hui dans lequel la pierre à un rôle à jouer
Pierre et économie durable
Dans notre région méditerranéenne, aux amplitudes de températures de demi saison importante, le concepteur doit obligatoirement prendre en compte l’apport solaire et l’inertie thermique comme arme supplémentaire. Ce qui nécessite de réfléchir au transfert de chaleur et d'hygrométrie, au stockage et à la fluctuation de ces paramètres dans le temps à l’échelle du projet et non plus de la seule paroi.
Pour cela le concepteur doit composer avec l’environnement du projet, et le dessin des espaces internes. C’est donc l’utilisation de toutes les capacités du matériau qui est en jeu, combinée avec une mise en situation adaptée servant toujours le matériau. Ces hypothèses posées conduiront à ériger les règles qui feront le caractère affirmé du projet contemporain en pierre massive.
La pierre massive, très lourde (1tonne / m2) devient le lieu de stockage de l’énergie distribuée par l’environnement. Elle s’oppose aux variations brusques de température avec un facteur d’amortissement de l’ordre de 12 heures. Gérant les variables : température et hygrométrie et leur variation, la pierre instaure une nouvelle conception du confort reposant sur l’amortissement des fluctuations : première origine de l’inconfort. La chaleur distribuée l’est toujours sur le mode du rayonnement ce qui minimise les flux échangés pour une résultat identique.
De l’expérimentation grandeur à la quantification
Un ensemble de projets en pierre réalisé aujourd’hui sur ces bases démontre le bien fondé de cette démarche.
Conclusion
Le comportement face à l'environnement a été jusqu'à présent à l'image de la déconvenue de ce chirurgien qui analysant dans la tranquillité de son laboratoire l'organe prélevé découvre qu'il est sain.
Il est temps de redéfinir une vision moins parcellisée et plus globale de notre intégration dans notre environnement.
L’alliance du matériau aux caractéristiques physiques connues à la conception des espaces est la seule source de l’indispensable économie de moyens dictée par un développement futur que l’on souhaite durable.
Présentation de Jean Paul LAURENT
Jean Paul Laurent possède une double formation d’architecte et d’ingénieur.
Il fait ses premières armes dans les grosses structures de l’industrie du bâtiment .A prés avoir travaillé sur la conception d’une centrale nucléaire dans un bureau d’étude anglais, il rentre dans un bureau de contrôle français ou il suivra pendant 8 ans plus de 200 chantiers. Cette expérience lui permet d’étudier, d’identifier et de comprendre les systèmes de production dominant du bâtiment.
En 1995, il devient enseignant à l’Ecole d’Architecture du Languedoc-Roussillon, où il s’intéresse au rapport entre écriture architecturale et conception constructive.
Il construit un enseignement sur l’évolution des cultures constructives qui traite tout particulièrement de la conception et de la construction contemporaine en pierre.
Parallèlement, il est gérant d’un bureau d’étude de structure : » CALDER ingénierie « dont la vocation est d’intervenir sur des projets rendus atypiques par la valeur ajoutée d’études qu’ils suscitent.
CALDER positionne ses études dans l’espace qui existe actuellement entre l’architecte et l’ingénieur. Les projets traités sans être systématiquement innovants dans les systèmes constructifs employés, se situent souvent en dehors des sentiers battus des technologies dominantes et des organisations productives qu’elles engendrent.
C’est dans ce sens que Calder développe depuis 8ans la conception des constructions en pierre massive